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vendredi 5 février 2010

If ever

"Eteins mes yeux : je peux te voir
Bouches mes oreilles : je peux t'entendre
Et même sans pieds je peux aller vers toi
Et même sans bouche je peux t'invoquer.
Arraches-moi les bras : je te saisis
Avec mon coeur comme avec une main
Déchires-moi le coeur : et mon cerveau battra
Et même si tu fais de mon cerveau un brasier
Je te porterai dans mon sang."

Rainer Maria Rilke (1875-1926), Le Livre d'heures, Le livre d'images (1899). and Auguste Rodin (1840-1917), L'homme qui marche (1900-1907), Musée Rodin, Paris.

mardi 14 juillet 2009

Beauty

"Donnée la vie, heureusement à perdre immédiatement, sitôt donnée, déjà perdue, bonheur, souvenue !
Je saurais: Elle va passer. Je croirais: Elle va partir. Elle ne t'aura pas embrassée. Te regarder étendue sur le sol, regarder son visage bleunuit, le ciel est toujours le même, tu l'appelles : ma beauté. Ne dis pas ma. Ne dis pas mon. Regarde sa face. Tu ne la vois pas, elle est trop là, trop loin, toi trop séparée de toi trop près d'elle. Mais tu vois le voile, la douceur. Le coeur s'arrête. Pendant qu'elle s'étend au dessus de toi, sa cape de bleumer, si c'était le rêve d'une fiancée bédouine, son sourire signifierait: nulle autre que moi ne t'embrassera jamais, ton sourire signifie: je n'oublierai jamais d'autre mère que toi. Pour que tu me rappelles. T'embrasser. La bouche sur ta bouche. Embrassée? Lèvres fermées, ferme les yeux, où es-tu ? Tu avais dit : je veux. Tu voulais dire : je veux la bouche. Tu as dit: je veux, tout ce qui n'est pas permis. Ce n'est pas permis, mais tu peux vouloir."
Helène Cixous, Préparatifs de noces au delà de l'abîme, Ed. des femmes, 1978. and Works of Camille Claudel , L'Implorante.

dimanche 12 juillet 2009

Nightcap

"Cela commence au déclin du soleil, vers six heures, et dure jusqu'à l'aube du lendemain.
Mon père et ma mère sont couchés dans leur lit de sangles, sous la moustiquaire, ils écoutent battre les tambours, selon un rythme continu qui tressaille à peine, comme un coeur qui s'emballe. Ils sont amoureux. L'Afrique à la fois sauvage et très humaine est leur nuit de noces. Tout le jour le soleil a brûlé leur corps, ils sont pleins d'une force électrique incomparable. J'imagine qu'ils font l'amour, cette nuit là, au rythme des tambours qui vibrent sous la terre, serrés dans l'obscurité, leur peau trempée de sueur, à l'intérieur de la case de terre et de branches qui n'est pas plus grande qu'un abri à poules.
Puis ils s'endorment à l'aube, dans le soufle froid du matin qui fait onduler le rideau de la moustiquaire, enlacés, sans plus entendre le rythme fatigué des derniers tam-tams." Jean Marie Gustave Le Clezio, L'Africain. and CAMILLE CLAUDEL * Artiste Sculpteur