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lundi 17 août 2009

Near the lake

"Les écrivains sont fragiles. Tous les êtres humains sont fragiles. Mais les écrivains sont vraiment des petites choses très fragiles qui peuvent se casser facilement. Oui, parce qu'on se remet en question à chaque roman qu'on écrit. L'écriture, ce n'est pas une affirmation, c'est une interrogation. C'est une enquête qu'on fait sur soi-même. On invente une histoire, mais en même temps on s'invente soi-même, on se cherche une réalité, une colonne vertébrale. On est jamais sûr de soi. On est jamais sûr d'avoir réussi."
J.M.G. Le Clezio, in interview, Le Monde, 11. 10. 2008. and Lac de Longet (Queyras), 2641 m.

dimanche 12 juillet 2009

Nightcap

"Cela commence au déclin du soleil, vers six heures, et dure jusqu'à l'aube du lendemain.
Mon père et ma mère sont couchés dans leur lit de sangles, sous la moustiquaire, ils écoutent battre les tambours, selon un rythme continu qui tressaille à peine, comme un coeur qui s'emballe. Ils sont amoureux. L'Afrique à la fois sauvage et très humaine est leur nuit de noces. Tout le jour le soleil a brûlé leur corps, ils sont pleins d'une force électrique incomparable. J'imagine qu'ils font l'amour, cette nuit là, au rythme des tambours qui vibrent sous la terre, serrés dans l'obscurité, leur peau trempée de sueur, à l'intérieur de la case de terre et de branches qui n'est pas plus grande qu'un abri à poules.
Puis ils s'endorment à l'aube, dans le soufle froid du matin qui fait onduler le rideau de la moustiquaire, enlacés, sans plus entendre le rythme fatigué des derniers tam-tams." Jean Marie Gustave Le Clezio, L'Africain. and CAMILLE CLAUDEL * Artiste Sculpteur

vendredi 10 juillet 2009

Africa

" Tout être humain est le résultat d'un père et d'une mère.
On peut ne pas les reconnaître, ne pas les aimer, on peut douter d'eux. Mais ils sont là, avec leur visage, leurs attitudes, leurs manières et leurs manies, leurs illusions, leurs espoirs, la forme de leurs mains et de leurs doigts de pied, la couleur de leurs yeux et de leurs cheveux, leur façon de parler, leurs pensées, probablement l'âge de leur mort, tout cela est passé en nous.
J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite est venu revivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admetre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre."
JMG Le Clezio, L'Africain, Folio, Paris, 2005.

dimanche 28 juin 2009

Outbreak

"Au sortir de la forêt, la vallée s'élargissait et, sur un plateau dominant le torrent, elles ont vu les maisons militaires et la chapelle. Esther se rapellait quand Gasparini parlait de la Madone des Fenestres, de la statue qu'on montait au sanctuaire en été et qu'on redescendait en hiver, vétue d'un manteau pour qu'elle n'ait pas froid. cela lui semblait tellement lointain qu'elle ne comprenait pas qu'elle était arrivée.
Elle croyait qu'elle allait voir la statue dans une grotte, cachée au milieu des arbres, entourée de fleurs. Elle regardait sans comprendre ces grandes batisses laides qui ressembaient à des casernes. En continuant le chemin, Ester et sa mère sont arrivés jusqu'à la plate-forme. La place, devant la chapelle, était pleine de monde.
Les fugitifs étaient là, déjà, tous ceux qui étaient partis dans la nuit. Les hommes, les jeunes gens, les femmes, les enfants, et même des vieillards vêtus de caftans étaien sur la place, assis par terre, le dos appuyé contre les murs. Il y avait aussi les soldats italiens de la IV° Armée. Ils étaient installés dans une des bâtisses. Ils étaient assis au dehors, l'air fatigué, et malgré leurs uniformes ils avaient l'air, eux aussi, de fugitifs."
JMG Le Clezio, Etoile errante, Gallimard, Paris, 1992. and L'art baroque -Alpes-Maritimes