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vendredi 13 mai 2011

Silent remained

"Dans ce temps là encore obscur, Fénelon entendit parler de Mme Guyon qui a fait depuis tant de bruit dans le monde, qu'elle y est trop connue pour que je m'arrête à elle en particulier. Il la vit . Leur esprit se plut l'un à l'autre, leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle qu'on vit éclore d'eux dans les suites; mais ils se le persuadèrent, et la liaison se forma entre eux. " (Saint Simon )

Tout est merveilleusement juste dans ce croquis :" leur sublime s'amalgama", " je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle ...", la remarque sur le trop de bruit que Jeanne fait ou qu'on fait autour d'elle, le soupçon de désinvolture sinon de mysoginie qui fait écrire à Saint Simon qu'il refuse de "s'arrêter à elle en particulier". Tout est merveilleusement juste, sauf peut-être le "il la vit". Car, à lire leur correspondance, c'est elle qui le vit et l'entraîna, pour s'y amalgamer, dans le sublime "... Julia Kristeva (1983), Un pur silence: la perfection de Madame Guyon in Histoires d'amour, Denoël. and P-M. Masson (1907), François Fenelon et Jeanne Guyon , Hachette ... and Edoli, via del Pellegrino.

lundi 2 mai 2011

My only love, my only hate

"On assimile souvent le couple Roméo et Juliette à Tristan et Iseult, pour y voir la démonstration d'un amour contrarié par les règles sociales; pour souligner comment le couple est maudit et détruit par la chrétienté qui étouffe la passion au sein du mariage; pour y chercher la révélation de la mort qui domine au coeur de la jouissance amoureuse. Le texte Shakespearien comporte, avec tout cela, un élément plus corrosif encore, que son art de l'ambiguité et du renversement des valeurs manie avec une magie insidueuse au sein même de la plus intense glorification amoureuse. Qu'à travers le sexe c'est la haine qui triomphe : voilà ce qui saute aux yeux et aux oreilles à travers les premières pages du texte ... On est déjà préparé à la réplique de Roméo qui qualifiera l'amour de "folie la plus raisonnable" (I, 1, 184), voire de "brutal, rude, violent ! Il écorche comme l'épine" ( I, IV, 25-26) ... Mais c'est Juliette qui trouve les formules les plus intenses pour indiquer que cet amour est étayé par la haine ... Mais plus profondément, c'est d'une haine à l'origine même de l'élan amoureux qu'il semble s'agir. D'une haine préexistant au voile de l'idéalisation amoureuse. Notons que c'est une femme, Juliette, qui en a l'inconscience la plus immédiate, la lucidité la plus somnanbulique ... C'est Juliette elle-même qui formule franchement : "My only love sprung from my only hate" ( I, V , 136).
Julia Kristeva (1983), Histoire d'amour, Denoël. and James Pradier, Satyre et Bacchante, Musée des Beaux Arts , Lille.