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mercredi 30 octobre 2013

Aspettando Godot


"Comme si j'avais tout simplement oublié d'attendre, attendre de la seule manière qui ait un sens. Aujourd'hui, avec le recul, j'ai tout loisir de repenser à cela. Et je commence à comprendre que mon impatience me fit succomber justement à ce que j'avais toujours soumis à une analyse critique.
Je succombai à cette forme d'impatience, ô combien destructrice, de la civilisation technocratique moderne, imbue de sa rationalité, persuadée à tort que le monde n'est qu'une grille de mots croisés, où il n'y aurait qu'une seule solution correcte — soi-disant objective — au problème ; une solution dont je suis seul à décider de l'échéance. Sans m'en rendre compte, je succombais, de facto, à la certitude perverse d'être le maître absolu de la réalité, maître qui aurait pour seule vocation de parfaire cette réalité selon une formule toute faite. Et comme il revenait à moi seul d'en choisir le moment, il n'y avait aucune raison de ne pas le faire tout de suite. Bref, je pensais que le temps m'appartenait. C'était une grande erreur... Il ne faut pas attendre Godot. Godot ne viendra pas car il n'existe pas. Il est d'ailleurs impossible d'inventer Godot. L'exemple type d'un Godot imaginaire, celui qui finit par arriver, donc un faux, le Godot qui prétendait nous sauver mais qui n'a fait que détruire et décimer, ce fut le communisme." Discours de Vaclav Havel lors de son installation comme membre associé étranger à l'Académie des Sciences Morales et Politiques, samedi 27 octobre 1992. and Vallée de la Haute Tinée,  le Gué de Vens.

samedi 14 juillet 2012

Aspettare

"Je constatais ainsi avec effroi que mon impatience à l'égard du rétablissement de la démocratie avait quelque chose de communiste. Ou plus généralement, quelque chose de rationaliste, l'unité des Lumières. J'avais voulu faire avancer l'histoire de la même manière qu'un enfant tire sur une plante pour la faire pousser plus vite.
Je crois qu'il faut apprendre à attendre comme on apprend à créer. Il faut semer patiemment les graines, arroser avec assiduité la terre où elles sont semées et accorder aux plantes le temps qui leur est propre. On ne peut duper une plante, pas plus qu'on ne peut duper l'Histoire. Mais on peut l'arroser. Patiemment, tous les jours. Avec compréhension, avec humilité, certes, mais aussi avec amour. Si les hommes politiques et les citoyens apprennent à attendre dans le meilleur sens du mot, manifestant ainsi leur estime pour l'ordre intrinsèque des choses et ses insondables profondeurs, s'ils comprennent que toute chose dispose de son temps dans ce Monde et que l'important, au-delà de ce qu'ils espèrent de la part du Monde et de l'Histoire, c'est aussi de savoir ce qu'espèrent le Monde et l'Histoire à leur tour, alors l'humanité ne peut pas finir aussi mal que nous l'imaginons parfois."
M. Václav Havel (1990), Discours d'installation comme Associé étranger à l'Académie des sciences politiques et sociales, Paris. and Isola Chioggia, Venezia.