Affichage des articles dont le libellé est Auguste Rodin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auguste Rodin. Afficher tous les articles

mardi 19 juillet 2011

Lonely look

"Mais c'est quoi cette obsession de Bice ? Ne pourrais-tu pas photographier autre chose ? C'était la question qu'il entendait continuellement, venant de ses amis et d'elle aussi. - Il ne s'agit pas simplement de Bice, répondait-il. C'est une question de méthode. Quelque soit la personne ou la chose, qu'on décide de photographier, on doit continuer à la photographier toujours, uniquement celle-là à toutes les heures du jour et de la nuit. La photographie n'a de sens que si elle épuise toutes les images possibles.Mais il ne disait pas ce qui lui tenait certainement le plus à coeur: saisir Bice dans la rue quand elle ne savait pas qu'il la voyait, la tenir sous le tir d'objectifs cachés, la photographier non seulement sans se faire voir, mais sans la voir, la surprendre telle qu'elle était en l'absence de son regard, de n'importe quel regard. Non qu'il voulut découvrir quelque chose en particulier; il n'était pas quelqu'un de jaloux dans le sens courant du terme. C'était une Bice invisible qu'il voulait posséder, une Bice absolument seule, une Bice dont la présence supposât sa propre absence et celle de tous les autres . Qu'on pût la définir ou pas comme de la jalousie, c'était en tous cas une passion difficile à supporter. Bice le quitta bientôt." Italo Calvino (1949), , L'aventure d'un photographe, in "Aventures", trad. fr. Ed. du Seuil, 1969. and Auguste Rodin, Torse de femme.

dimanche 22 mai 2011

Le vice consul

"- Venez avec nous maintenant, dit Anne Marie Stretter ... - Quelques fois nous allons au Blue Moon boire une bouteille de champagne, vous voulez bien ? - Comme vous voudrez ! - Oh je sais pas si j'ai bien envie d'aller au Blue Moon ce soir, dit-elle. Charles Rossett fait un effort mais n'arrive pas à cacher l'image du vice consul marchant le long du Gange, qui tombe sur les lépreux endormis, se relève en hurlant, sort de sa poche quelque chose d'effrayant... fuit, fuit. - Ecoutez ... dit Charles Rosset. - Non, il ne crie plus. Ils écoutent, ce ne sont pas des cris, c'est un chant de femme, ça vient du boulevard. A bien écouter on doit crier aussi mais beaucoup plus loin, bien au-delà du boulevard où devrait se trouver encore le vice consul. A bien écouter tout crie doucement mais loin, de l'autre coté du Gange ... - Ne vous en faites pas, il sera rentré maintenant. - Nous ne nous connaissons pas, dit Michael Richard. D'où vient-il ? Il n'habite pas Calcutta. Il y vient pour la voir, rester auprès d'elle. C'est près d'elle qu'il désire être. Il est un peu moins jeune qu'il n'aurait cru "... Marguerite Duras (1966), "Le vice consul", Ed. L'imaginaire, Gallimard. and Auguste Rodin, La valse.

dimanche 20 juin 2010

Waltz

"Quelqu'un qui aime tant Rodin , dit-il à la fin, devrait faire sa connaissance. Demain je serai à son atelier. Si cela te convient je t'emmène."
Si cela me convenait ! De joie je ne pus dormir. Mais chez Rodin, mon discours se figea. Je ne fus même pas capable de lui adresser la parole et demeurai, parmi ses statues, pareil à l'une d'entre elles. Mon embaras sembla lui plaire, car le vieillard me demanda, comme nous prenions congé, si je ne voulais pas voir son véritable atelier à Meudon, et il m'invita même à déjeuner. J'avais reçu ma première leçon : c'est que les plus grands hommes sont toujours les plus affables. La seconde fût qu'ils sont presque toujours les plus simples dans leur genre de vie. Chez cet homme dont la goire remplissait le monde, dont les oeuvres étaient présentes trait pour trait à notre génération comme les plus proches amis, on mangeait aussi simplement que chez un paysan de moyenne aisance: une bonne viande nourrissante, quelques olives, des fruits en abondance, avec un vigoureux vin de pays. Cela me donna plus de courage; à la fin je parlais de nouveau sans contrainte, comme si ce vieillard et sa femme m'étaient devenus familiers depuis des années." Stephan Sweig (1881-1942), "Le monde d'hier. Souvenirs d'un Européen. Paris la ville de l'éternelle jeunesse", trad. Serge Niémetz, Ed. Belfond. and Auguste Rodin (1840-1917), La Valse.

vendredi 16 avril 2010

Lacking

"Pour moi écrire est une urgence et une nécessité que j'essaie d'accomplir avec le maximum d'honnêteté" ... "Ecrire doit nous donner faim d'amour ainsi qu'une certaine nostalgie de la vie car notre existence ne nous satisfait jamais pleinement " ... "Ecrire est un destin et le talent un don qu'il faut restituer aux lecteurs, en travaillant avec humilité" ...
"Je croyais qu'écrire était une activité douloureuse et incompatible avec la vie. En réalité, c'est le contraire. L'écriture est exaltation, même si elle s'accompagne de souffrance et de fatigue. C'est comme s'élancer dans les bras d'un amoureux. C'est un privilège" ...

"Au lieu de regarder mon nombril, j'écris toujours en observant le monde. Je refuse donc tout minimalisme, derrrière lequel se cache souvent une forme d'anorexie littéraire et une abscence de générosité. Pour moi l'écriture doit être généreuse, car on écrit toujours pour les autres et jamais pour soi-même" ...

"Les manques rendent les gens uniques et intéressants. Ils les obligent à sortir de leur cocon. Dans ce roman le manque d'enfant pousse Gemma vers l'inconnu. Obnubilée par son désir, elle est prête à tout, en se retrouvant à Sarajevo, dans le grand utérus noir de la guerre. Un entonnoir qui avale tout mais qui restitue toujours quelque chose" ...

"Quelle part de vie cette guerre renferme-t-elle ? Et quelle mort, dans ma paix ?" Margaret Mazzantini (2008), Interview about "Venuto al mondo " in "Le Monde", the Friday, 16nd of April, 2010. and Auguste Rodin (1890), Le Baiser , Musée Rodin, Paris.

samedi 20 février 2010

Sculptor

"C'est alors que Rodin avait découvert le fondement de son art, pour ainsi dire la cellule première de son univers. C'était la surface, cette surface, d'une autre grandeur, d'une autre tonalité, cette surface bien précise à partir de laquelle tout devait être fait. Dès lors elle devint le matériau de son art, ce pour quoi il se donnait de la peine, et ce pourquoi il veillait et souffrait ...Ce n'était pas de l'orgueil chez lui. Il se rattachait à cette beauté discrète et pesante, qu'il était encore en mesure d'appréhender d'un coup d'oeil, d'appeler et de redresser. L'autre beauté, la grande devait arriver quand tout serait fini, tout comme les animaux arrivent à l'abreuvoir lorsque la nuit a pris fin et que plus rien d'étranger ne hante la forêt.

C'est par cette découverte que commença le travail le plus personnel de Rodin. C'est seulement à partir de ce moment que les concepts habituels de la plastique perdirent pour lui toute leur valeur. Il n'y avait plus ni pose, ni groupe, ni composition. Il y avait seulement une infinité de surfaces vivantes, il n'y avait que la vie, et le moyen d'expression qu'il s'était trouvé, allait précisément à la rencontre de cette vie. Maintenant il s'agissait de se rendre maîre d'elle et de sa plénitude. Rodin empoignait la vie, qui était partout où il portait son regard. Il la saisissait par leurs plus petits endroits, il l'observait, il la suivait. Il l'attendait aux passages où elle hésitait, il la rattrapait là où elle courait et où que ce soit, il la trouvait partout aussi grande, aussi puissante et entraînante. Là aucune partie du corps n'était insignifiante ou négligeable: elle vivait." Rainer Maria Rilke (1902) ,"Auguste Rodin" in Oeuvres Poëtiques Vol. III, Ed. Insel Verlag, 1966. trad. fr., Ed. La part Commune, 2007. and Auguste Rodin (1840-1917), Femme accroupie, Musée Rodin, Paris 7.

vendredi 5 février 2010

If ever

"Eteins mes yeux : je peux te voir
Bouches mes oreilles : je peux t'entendre
Et même sans pieds je peux aller vers toi
Et même sans bouche je peux t'invoquer.
Arraches-moi les bras : je te saisis
Avec mon coeur comme avec une main
Déchires-moi le coeur : et mon cerveau battra
Et même si tu fais de mon cerveau un brasier
Je te porterai dans mon sang."

Rainer Maria Rilke (1875-1926), Le Livre d'heures, Le livre d'images (1899). and Auguste Rodin (1840-1917), L'homme qui marche (1900-1907), Musée Rodin, Paris.

mardi 21 juillet 2009

Outdoor

Cher Monsieur,
Après avoir enfin trouvé ici un peu de repos, je me souviens que je vous dois tous mes remerciements pour le beau livre° que j'y ai trouvé et que j'ai encore lu dans la bousculade des deux premières semaines, et lu avec un plaisir immense, car sinon je n'éprouverais pas le besoin de vous écrire à ce propos. La perfection de l'intuition associée à la maitrise de l'expression laissent le sentiment d'une rare satisfaction. Ce qui m'a surtout intéressé, ce sont les procédés d'accumulation et d'intensification grâce auxquels votre phrase s'approche toujours plus près et comme à tâtons de l'être le plus intime de ce que vous décrivez. C'est comme l'accumulation des symboles dans le rêve, qui laissent transparaître de plus en plus nettement ce qui est voilé.
S'il m'était permis de mesurer votre présentation à l'aune la plus sévère, je dirais que vous êtes venu entièrment à bout de Balzac et de Dickens. Mais ceci n'est pas trop difficile, ce sont des types simples, carrés. En revanche, avec ce Russe embrouillé, cela ne pouvait pas se passer de façon aussi satisfaisante. Là on sent des manques, ainsi que des enigmes qui n'ont pas été résolues. Permettez moi de vous soumetre quelques matériaux à ce propos, tout comme ils se présentent à mon point de vue d'amateur. La psychopathologie, dans laquelle Dostoïevski reste immergé, peut aussi avoir ici un temps d'avance." S. Freud à S. Zweig, Correspondance, 19. 10. 1920, Vienne. and Balzac, at the Musee Rodin Paris France
...
° Drei Meister (Trois Maîtres), Balzac-Dickens-Dostoïevski, parait à Leipzig en 1920. L'exemplaire de la bibliothèque privée de Freud à Londres porte la dédicace : "A Monsieur le Professeur Sigmund Freud, au Grand Guide dans l'inconscient, avec l'admiration toujours renouvelée, Stefan Zweig, Salzbourg 1920."

mercredi 15 juillet 2009

Delivery

" Qui aimes-tu ?
Je vois un visage de femme dont les yeux me font pleurer, j'ai déjà aimé cette femme, des yeux tristes gais m'ont déjà fait pleurer. Je me vois à la fin de la dixième année regarder cette femme accoucher, ses yeux d'avenir et de passé, criant, riant, dans cette scène où je l'apppelais Anna, je me vois debout en pleurs devant son corps qui se déchirait de rires, la chair se répandait, tu es priée de ne pas l'approcher, mes mains coupées, ses yeux clairs noyés, femme ouverte fermée tuée vivante égarée. Dans cette scène je n'avais ni mains ni lèvres, ni voix, ni corps, ni ombre, ni nom, ni lieu, je n'y étais pas; mais j'avais tout l'amour. Je vois les yeux qui font trembler ma terre, mes murs tomber en poussière, mes mères-lois devenir étrangères, mes corps-filles se dissocier jusqu'au dernier grain de peau.
J'entends la voix qui fait naître une femme d'entre les mortes, jaillir une voix d'entre mes silences, dire mon nom." Helène Cixous, 1978. and Rodin Sculpture .

samedi 11 juillet 2009

Free book

" Et maintenant je vais vous raconter l'histoire de ce livre, l'un des plus discutés que j'ai écrits. Ce fut durant longtemps un secret, durant longtemps mon nom n'apparut pas sur sa couverture, comme si je le reniais ou comme si lui-même n'avait pas su qui était son père. De même qu'il existe des enfants naturels, des enfants de l'amour naturel, Les Vers du Capitaine était un livre naturel. Les poèmes qui le constituent furent écrits ici et là et jalonnent mon exil en Europe. Ils furent publiés anonymement à Naples, en 1952 ... Plus tard le livre, même sans nom et sans prénom, se fit homme, un homme naturel et courageux. Il se fraya un chemin dans la vie et je dus, finalement, le reconnaître. Aujourd'hui, dans tous les ports, entendez dans les librairies et les bibliothèques, "les vers du capitaine" circulent signés du nom de leur vrai et authentique capitaine." Pablo Neruda, "J'avoue que j'ai vécu", Début et fin de l'exil, 1974. trad. Gallimard, 1975. and Rodin Sculpture